Depuis de nombreuses années, l’entraînement physique et athlétique est bouleversé : entre résurgence de méthodes et d’habitudes que l’on pensait inutiles ou apparition de nouvelles habitudes, aucune thématique du travail athlétique n’a été laissée sans volonté de renouvellement.
Voici tout ce qu’il faut savoir pour mieux comprendre ces entraînements et accélérer votre progression.
Aujourd’hui, la plupart des athlètes travaillent de façon très spécifique et spécialisée dans la majorité des sports : le coureur de 10km va faire de l’allure 10km, le footballeur va s’entraîner avec ballon, le grimpeur à vélo va grimper des cols… Cela peut paraître logique et efficace. S’il y a une part de logique, l’efficacité est bien plus discutable…
Nous allons nous pencher sur l’étude nommée Running technique is more effective than soccer-specific training for improving the sprint and agility performances with ball possession of prepubescent soccer players. Le titre, une fois traduit, est : [le travail de] technique de course (NdT : sans ballon) est plus efficace que l’entraînement spécifique (NdT : avec ballon) pour améliorer les performances de sprint et d’agilité avec ballon des joueurs pré-adolescents (U9 à U13).
Par le biais de protocoles spécifiques, cette étude a mis en évidence les effets de la technique de course sur le mouvement de sprint balle au pied. Le travail de technique athlétique effectué par les jeunes joueurs était de deux séances de 30 minutes à 45 minutes par semaine pendant trois mois. Le travail se composait d’accélérations, de décélérations, d’apprentissage des techniques de course, etc.
Le progrès a été évalué grâce à ces exercices : 20m linéaires de sprint, 20m linéaires de sprint avec ballon, 20m de sprint avec changements de direction, 20m de sprint avec changements de direction et ballon.
Si le travail athlétique n’a que marginalement amélioré les deux sprints sans ballon, il a particulièrement amélioré les deux sprints avec ballon de plus de 5% (jusqu’à 15%) par rapport à un autre groupe de joueurs qui effectuait majoritairement du travail avec ballon.
Cette différence est impressionante : entre 2 et 7m de gagnés en moyenne durant l’étude pour un joueur du groupe de travail athlétique sur un joueur du groupe ballon sur un sprint de 50m. Un joueur qui serait déjà capable de prendre 2 à 3m d’avance sur un concurrent avant le travail athlétique peut en prendre plus de 10 après le travail athlétique.
Sur un terrain complet, la différence peut être catastrophique pour l’issue d’un match puisqu’elle implique qu’un sprint entre ces deux types de joueurs aboutisse à une différence telle que, tandis que le premier joueur a terminé son sprint, le joueur sans travail athlétique soit encore à plusieurs mètres de la surface de réparation. Presque aussi proche du rond central que de la fin du sprint…
Autre comparaison adaptée à l’athlétisme : pour un cadet (U15), coureur de 100m régulier en 12 secondes au 100m, gagner 15% de performance reviendrait de passer du top 1000 des meilleurs cadets en France à effleurer les minimas olympiques en se classant au passage dans le top 10 des meilleurs athlètes français en sprint.
Cette comparaison est bien sûre toute théorique puisque le cas n’a que très peu de chances de se produire dans la réalité, si ce n’est aucune, mais qui permet de comprendre le niveau de progression que le travail athlétique implique.
Nous pouvons noter que si le travail athlétique mis en place dans l’étude est efficace, il n’est pas le plus efficace car il occulte l’aspect renforcement physique (notamment la chaîne abdominale et lombaire) et surtout l’aspect plaisir essentiel à la progression chez les jeunes. Les résultats obtenus peuvent donc être encore plus améliorés.
Autre point non abordé par l’étude : l’importance du travail de coordination motrice plus général et le fait que la période U6 – U13 est globalement l’âge d’or du développement de la coordination. Effectuer ce travail à cet âge permet d’entrer dans la vie avec un capital santé exceptionnel et permet de limiter les dégénérescences physiques précoces dont souffrent certains aujourd’hui avant même 40 ans.
Dans quasiment tous les sports, hormis le football, une partie non-négligeable des athlètes de haut-niveau a effectué différents sports dans sa jeunesse avant de se concentrer sur son sport de prédilection.
Outre les gains réels de la pratique multi-sports (à tout âge), il faut comprendre que ce sont les processus internes qui comptent et pas le travail spécifique. Par processus internes, nous entendons des choses comme la clairance du lactate, la production hormonale, la régulation du système nerveux, l’activité des enzymes, la densité capillaire ou encore la fonction mitochondriale, etc.
C’est pour cela qu’un vrai entraîneur et un vrai préparateur athlétique ne pourront jamais être remplacés dans la conception à la fois d’un plan de performance pour un objectif donné et d’un plan long terme pour vieillir en bonne santé.
Victor Wembanyama (basket) a effectué du judo et du football. Remco Evenepoel (cyclisme) a effectué du football en centre de formation professionnel. Élise Chabbey (cyclisme) du canoë-kayak (olympique), du demi-fond et du ski. Léon Marchand (natation) du judo et du rugby. Bob Hayes a détenu le record du monde du 100m (10 secondes) et a gagné le Super Bowl. Bixente Lizarazu est devenu champion d’Europe de ju-jitsu après le football.
Mais dans l’autre sens… Le quasi-néant ! Lev Yachine a fait du hockey à haut niveau, Manuel Neuer s’inspire des gardiens de handball (sans en avoir fait spécifiquement pour autant), la fraterie Pogba performait au ping-pong (à un très jeune âge) mais rares sont les exemples et il s’agit principalement de gardiens. Le poste le plus différent et aventureux du football.
Il serait temps que le football sorte de son immobilisme doctrinal prôné par certains, pas tous, et de son rejet des autres sports autant pour performer que pour prendre soin de ses pratiquants.